Le Forum du Livre de Cayenne, en 1988 fut à la fois manifestation artistique et concrétisation d’une union entre les CCEE d’outre-mer, qui ne s’est pas démentie depuis.
L’exposition « Bourbon, de la servitude à la liberté » fut une secousse culturelle à La Réunion en 1988 : enfin, on osait afficher un passé qui avait si longtemps été occulté !
Les rencontres de la Culture, organisées par le CCEE en 2000, ont été l’occasion de nombreux échanges, entre des partenaires qui n’avaient pas toujours l’habitude de se rencontrer.
Au même titre que l’exposition sur l’esclavage, le travail consacré par Claude Wanquet à la Révolution à La Réunion en 1990 est une étape importante dans l’appropriation de leur histoire par les Réunionnais.
Une plaquette sur « La problématique du développement culturel à La Réunion », éditée en 1997, schématise les trois courants qui se partageaient alors ce domaine :
- Un courant « assimilationniste français » : La Réunion, pays français, ne peut avoir qu’une culture nationale teintée d’un peu d’exotisme.
- Un courant « assimilationniste-communaliste » : La Réunion, mosaïque d’ethnies, n’a pas de culture propre et doit retourner aux sources de son peuplement, qu’elles soient africaines, asiatiques ou européennes.
- Un courant « kréol » : la culture réunionnaise plonge ses racines dans une réalité métisse, pour construire une identité nouvelle.
... Avec cette complexité supplémentaire : on peut revendiquer des positions appartenant à plusieurs courants à la fois !
De véritables conflits ont opposé les partisans de telle ou telle orientation, aggravés par la confusion longtemps entretenue entre réalité identitaire et statut politique : vouloir s’affirmer Réunionnais a longtemps été assimilé à un refus de se reconnaître Français, ou Européen...
Le CCEE s’est penché dès sa création sur ces questions qui faisaient partie de sa mission primordiale, en essayant d’apporter une réflexion qui ne soit au service d’aucun clan.
Un des premiers points concernait les racines : d’où viennent les Réunionnais ? D’une histoire qui n’a pas toujours été facile à digérer et dont les pages les plus sombres font l’objet d’un non-dit. Dès 1986 avec l’exposition sur l’Inde et La Réunion, encore plus nettement avec « Bourbon, de la servitude à la liberté » en 1988, le CCEE encourage à réfléchir. Ce n’est que le début d’une longue tâche : constamment, que ce soit à l’occasion des avis sur les budgets de la Région, sur les projets de lois pour l’outre-mer ou à l’occasion de rencontres et colloques sur la culture, reviendront les idées fortes sur l’identité de La Réunion, sur la richesse de sa culture « zanbrokal », faite de toutes, mais semblable à aucune. Une culture d’ici, qu’il ne faut pas laisser disparaître, car elle est l’âme de tous les Réunionnais. Qu’il ne faut pas non plus laisser se fracturer au nom d’un communalisme dangereux : il est bon de savoir où est la source, si l’on garde à l’esprit qu’on est bien plus loin sur la rivière...
Un domaine où la vision non passionnelle du CCEE ne portera pas tous ses fruits est celui du créole. Il est vrai que le sujet est fortement plombé par la politique, entre les pesanteurs centralisatrices des uns et les envies d’évasion des autres. Les questions hautement conflictuelles des graphies, de l’enseignement en, avec ou sans le créole focaliseront toute l’attention, masquant le problème de fond qui est d’une part celui de l’accès à une égalité de connaissance pour toute une jeunesse créolophone, d’autre part celui de la création en créole et d’une transmission aux générations futures d’un patrimoine linguistique riche et unique à la fois. C’est en matière de musique, finalement, que les choses avanceront avec le plus de sérénité. Il est vrai que le créole, dans ce domaine, n’a jamais posé problème...
Les Rencontres de la Culture en 2000 seront un point fort de ce cheminement. Elles permettront de sentir à la fois la nécessité de l’ouverture (au monde par les nouveaux médias, à ses voisins de l’océan Indien ou tout simplement au voisin réunionnais un peu « autre ») et celle de se préserver d’une tendance à la mondialisation et à l’uniformisation. C’est dans cet ordre d’idée que le CCEE a, par exemple, toujours défendu la création locale et les émissions en créole sur les médias réunionnais. Pour que le « zanbrokal » ne soit pas étouffé, mais qu’au contraire tout Réunionnais puisse en être fier. Pari réussi dans certains domaines : entre autres, les CES Musique ont permis la naissance de groupes qui depuis ont fait leur chemin, et portent haut la « différence réunionnaise » sur les scènes internationales...

Les cadavres dans l’armoire
« Quand nous avons organisé l’exposition « Bourbon, de la servitude à la liberté », en 1988, ce sujet était encore tabou : il ne fallait pas sortir les cadavres de l’armoire ! Un certain nombre de gens avaient peur qu’il ne s’agisse d’une opération de propagande ou de revanche. Puis, quand l’exposition s’est ouverte au théâtre de Champ-Fleuri, quand elle a commencé à voyager dans toute l’île, quand est paru le livre de Jean-Marie Desport, il a quand même bien fallu s’apercevoir que c’était de l’histoire, pas de la propagande ! La meilleure preuve de notre succès a été celui du livre. Il devait être donné à tous les enseignants en histoire. Et c’est fou cette année-là, la quantité de gens qui sont venus au CCEE en nous disant : « Je suis prof d’histoire, pourrais-je avoir un exemplaire ? » Il y avait un besoin d’information, tout simplement.Tous des Réunionnais
« Nous devons tendre vers un nouvel équilibre culturel qui prend en compte :