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Les grandes orientations : l’éducation
L’éducation fait partie des missions fondamentales des CCEE, dès la loi de 1984. À La Réunion, la création du comité intervient dans une période délicate : certes, l’île est un peu sortie du « fénoir » politique, économique et social, mais il y a encore énormément à faire.

Coup de théâtre en 2000 : l’étude initiée par le CCEE confirme la montée de l’usage des drogues chez les jeunes, y compris en milieu scolaire. Une mission « d’alerte sociale » suivie de propositions.

Dans un registre plus souriant, cette exposition de sirandanes, inspirée par les fameuses devinettes créoles (Maurice, Seychelles, Réunion), a longuement circulé dans l’île, avec un franc succès.

Ci-contre : cette étude de 1994 reste d’actualité : les disciplines artistiques restent hélas les parents pauvres de l’éducation...

Raymond Mollard, membre du Conseil de 1984 à 2004, se souvient de la stupeur avec laquelle la Région accueillit ce constat, quelques mois à peine après l’entrée en fonctionnement du CCEE : « Quand nous avons dit qu’il fallait d’urgence doubler le nombre de lycées, personne ne voulait nous croire ! Il y en avait six à l’époque : Leconte de Lisle et Lislet-Geoffroy à St-Denis, Roland Garros au Tampon, Bouvet à St-Benoît et les lycées de St-Paul et St-Louis. Et cela paraissait largement suffisant à certains. Tout le monde ne se rendait pas compte que nous courions à la catastrophe si l’on n’offrait pas de possibilité de formation aux dizaines de milliers de jeunes qui allaient arriver dans les années suivantes... »
L’intelligence des partenaires balaie heureusement ces idées reçues et l’immense chantier démarre : ce n’est pas par deux mais presque par cinq (28 au lieu de 6) que sera multiplié le nombre de lycées en vingt ans ! La tâche n’est pas terminée puisque le CCEE préconise la construction d’encore quatre établissements avant 2006 (deux dans le Nord, un dans l’Ouest et un dans le Sud).
Les autres strates de l’enseignement, collèges et écoles primaires, n’ont pas été oubliées : le CCEE s’est penché entre autres sur le délicat problème du bâti primaire, afin de tracer les grandes lignes d’une école plus confortable, plus propre, mieux adaptée aux conditions climatiques, bref plus agréable et efficace. Au haut de l’échelle, le CCEE suit et encourage depuis le début le remarquable développement de l’Université, notamment à travers ses avis sur le budget de la Région.

Certes, il n’y a pas que l’enseignement initial, dans une société : la formation professionnelle et continue, l’éducation populaire et tout ce qui se rassemble sous la définition de « socio-éducatif » participent au progrès commun.
Même s’il a mis d’abord l’accent sur la question scolaire proprement dite, le CCEE a montré dès les premières années qu’il était attentif à tous les problèmes. L’accompagnement aux études, les activités socio-éducatives, mais aussi les problèmes plus généraux liés au changement de société ont fait l’objet d’études approfondies. Un des exemples le plus parlant est le rapport « Pour une école sans drogue », qui a été l’occasion de mettre au jour des problèmes qui avaient été rarement médiatisés auparavant (la forte montée de consommation du zamal dans le milieu scolaire, la dangereuse dépendance psychique qui en découle, l’encore plus dangereuse association de la drogue avec l’alcool et des médicaments psychotropes). Des recommandations ont été émises par le CCEE, et différentes actions ont été menées (notamment la publication d’un livret-guide de prévention sur les dangers du zamal).
Autre exemple : la Table ronde sur l’éducation populaire, qui a rassemblé plus de 130 personnes en 2002...
Cet immense chantier est loin d’être terminé : la jeunesse est nombreuse à La Réunion, elle souffre d’un changement de mode de vie qui a été rapide, elle craint pour son avenir, dans un contexte très marqué par le chômage, et il serait irresponsable de dire que sa formation ne se fait que sur les bancs de l’école...

Point de vue

Un point de vue cinglant

Le CCEE Réunion ne mâche pas ses mots. Sensibilisé depuis 1986 aux problèmes de rythmes scolaires chez l’enfant, le Conseil a toujours défendu un découpage de l’année scolaire qui tienne compte des particularités climatiques de La Réunion.

« L’année climatique » rencontrant de nombreux obstacles, le Conseil a proposé une solution de compromis qui ne raisonnait plus en trimestres, mais en périodes égales de travail, s’appuyant sur l’avis des spécialistes qui affirment qu’après une première période d’apprentissage où l’élève accumule le plus de connaissances, on peut prévoir des vacances plus ou moins longues. Elle tenait compte également des bio-rythmes 7/2. Schématiquement : une rentrée anticipée (début août, voire mi-juillet) et de longues vacances (6 à 8 semaines) durant l’été austral, les périodes de travail étant coupées régulièrement par des repos de 10 jours à 2 semaines.

Ce projet se heurte hélas à des pesanteurs diverses, dont « l’alignement » souhaité par une partie des enseignants et de certains parents sur les vacances de métropole. Malgré de nombreux avis, rien ou presque n’a changé en la matière. Voici ce qu’en concluait, en 2000, un CCEE quelque peu excédé…

« Les propositions du Recteur manquent de cohérence : les principes émis dans son argumentaire vont dans le bon sens, mais les dates avancées ne traduisent nullement la volonté d’améliorer les conditions de travail des enfants ».

À suivre…

Un ensemble de problèmes

« Nous avons beaucoup travaillé sur les données psychosociales des programmes. L’objectif était d’adapter l’enseignement scolaire à la culture des enfants, de développer l’enseignement artistique et l’enseignement sportif, éternels parents pauvres, et d’améliorer les rythmes de vie.

« Une enquête du Dr Turquet et du Pr. Montagner, de l’INSERM, montrait un grave déficit de sommeil, notamment à cause des transports scolaires. Hélas, nous n’avons pas pu aller jusqu’au bout de l’enquête scientifique, faute de moyens financiers, et nous avons dû nous limiter à un avis sur le calendrier scolaire, qui n’a pas été suivi.

« Mais ce serait une erreur de se focaliser sur ce seul problème de calendrier. Tout est lié : organisation de la journée, de la semaine, de l’année scolaire et même des vacances. Quand on pense que deux enfants réunionnais seulement sur dix partent en vacances ou ont une activité de vacances et que cette moyenne n’a pas augmenté depuis vingt ans, on se rend compte qu’il y a un vrai problème ! »

(Catherine Macé, présidente de la Commission éducation, recherche et coopération régionale de 1998 à 2005)