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15 avril 2017
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Interview de Philippe Meirieu le 14 avril 2017

Interview de Philippe Meirieu réalisé le 14 avril 2017 juste avant les allocutions de clôture des Rencontres de l’éducation de l’océan indien 2017.

Philippe Meirieu, comment avez-vous vécu ces rencontres ?

Ce qui me frappe le plus dans ces rencontres c’est la richesse des interactions, la richesse de tout ce qui a été proposé, montré, la richesse de la réflexion collective qui est menée ici sur ces questions de l’éducation sur l’île de la Réunion.

On a un territoire qui de toute évidence est mobilisé autour de l’éducation, qui en comprend les enjeux fondamentaux et qui comprend que son avenir dépend beaucoup de la question éducative. On a dans ce territoire des acteurs multiples, associatifs, politiques, institutionnels, dans l’éducation nationale, on a des acteurs bénévoles un peu partout qui ont compris les enjeux de l’éducation pour ce 21e siècle et qui s’investissent collectivement et d’une manière que je trouve convergente.

Ceci n’est pas toujours le cas. Parfois on assiste dans ce genre de colloque à des querelles de territoire, chacun se disputant, l’un en disant qu’il est à l’initiative de ceci et que l’autre est plutôt à la traîne ou chacun revendique la paternité de telle ou telle initiative.

Non, ici je crois qu’il y a une véritable complémentarité et chacun se félicite de cette complémentarité, ce qui est un tout pour la réussite.

Quels sont selon vous les enjeux pour l’éducation à la Réunion ?

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Philippe Meirieu

Il y a de nombreux enjeux pour l’île de la Réunion et pour l’éducation dans ces prochaines années.

L’un des enjeux primordiaux c’est évidemment la question de la langue. La langue créole qui je crois doit exister, doit être reconnue et qui ne doit plus faire l’objet d’une sorte de rejet mais doit avoir toute sa place comme une langue régionale et porteuse d’une culture.

L’accès au français comme langue écrite aussi me paraît important, pas contradictoire du tout avec la maîtrise de la langue et de la culture créole. C’est l’accès aux français et aux langues parlées aussi dans l’océan indien, comme l’anglais et d’autres langues. Cela me parait essentiel pour l’avenir des jeunes de cette région.

Au-delà de l’accès de la langue, il y a je crois, l’accès à une forme d’ambition personnelle : il faut que les jeunes puissent s’imaginer en position de réussite et pas simplement une réussite scolaire, mais une réussite sociale et personnelle, une réussite citoyenne, qu’ils puissent se voir et se projeter dans un monde futur où chacun a sa place.

Evidemment cela pose la question de l’emploi, du chômage et je sais à quel point cette question pèse pour les éducateurs mais il me semble que l’éducation peut contribuer, non pas à créer des milliers d’emplois mais à aider les jeunes à prendre des initiatives nouvelles en matière d’emplois nouveaux.

Il y a un enjeu pour moi important qui est celui de développer l’inventivité et l’imagination des jeunes pour qu’ils fassent vivre cette île, qu’ils ne soient pas obligés d’en partir s’ils ne le veulent pas, qu’ils puissent créer ici sur cette île une activité qui leur permette de vivre dignement et je crois que l’éducation a un rôle important sur cet enjeu-là.

Quels sont les actions prioritaires à mener ici en matière d’éducation ?

Si l’on veut contribuer au développement d’une éducation ambitieuse sur le territoire de l’île de la Réunion, il me semble qu’il y a plusieurs types d’actions à mener.
Il y a des actions de mobilisation collective qui sont encore à renforcer. Nous avons vu au cours de ces rencontres à quel point cette mobilisation était déjà là et aussi qu’il y a des territoires, y compris sur île, pour lesquels il y a encore des efforts à faire.

J’observe qu’il y a des écarts entre certaines villes et certaines campagnes un peu reculées. Il me semble qu’il faudrait mailler le territoire d’actions éducatives qui soient plus systématiques. C’est une grande ambition mais cela me parait être un premier ensemble de choses indispensables.

Ensuite je crois qu’il faudrait développer toutes les actions autour de ce que nous appelons la pédagogie de projet c’est-à-dire mettre les enfants, les adolescents, tous les élèves dans des situations où ils peuvent construire et créer ensemble. Il ne s’agit pas seulement d’absorber, assimiler et restituer des savoirs, ce qui est nécessaire, mais construire et créer ensemble pour ne pas être simplement des spectateurs passifs de ce qui se déroule ici sur l’île et être des acteurs de son développement.

Et puis il y a toutes les actions que je regrouperais autour de l’estime de soi, aider chacun à donner le meilleur de lui-même dans quelque domaine que ce soit, que ce soit le domaine artistique, artisanal, technique, technologique, je crois que tout cela est important.

Et je dirais enfin, développer l’entraide systématique entre les générations, entre les seniors et les plus jeunes, entre les retraités bénévoles et les élèves des écoles, au sein des écoles entre les plus grands, les plus avancés et les plus jeunes, les plus en difficulté. Il faut développer toutes les formes d’entraide qui sont un moyen de faire vivre la solidarité et un moyen de faire vivre la cohérence de l’île dans sa diversité.

Cohérence et diversité ne sont pas incompatibles dès lors qu’il y a de la solidarité et de l’entraide et je crois que c’est autour de ces quelques familles d’actions qu’il faut travailler dans les années qui viennent.

(Propos recueillis par MP Mennecy)

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