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24 mars 2017
Émilie

Hommage à Henri EMMANUELLI, père des Conseils de la Culture, de l’Éducation et de l’Environnement

C’est avec beaucoup de tristesse que les Conseils de la culture de l’éducation et de l’environnement (CCEE) – spécificité ultramarine – apprennent la disparition de celui qui, il y a près de 34 ans, leur a permis de s’installer dans les DOM, avec le CESR, pas encore CESER, aux côtés du Conseil régional.

Henri EMMANUELLI n’est plus, mais, pour les Conseils de la culture de l’éducation et de l’environnement, il incarnera toujours la figure tutélaire de celui qui " pour permettre aux hommes et aux femmes qui s’en réclament [de la culture spécifique de chaque DOM] d’atteindre la plénitude de leur identité ", n’a pas hésité à créer une instance spécifique aux outre-mers.

En effet, les CCEE ont leur bulletin de naissance inscrit dans les lois de décentralisation, cette même décentralisation dont Henri EMMANUELLI, alors ministre de l’Outre-mer, déclarait, après avoir souligné la culture spécifique de chaque DOM, qu’elle « … doit [ …] être l’occasion de dégager des moyens nouveaux pour permettre, non seulement de sauvegarder cette culture traditionnelle, mais aussi de l’enrichir et de la développer pour permettre aux hommes et aux femmes qui s’en réclament d’atteindre la plénitude de leur identité ».

Aussi, rendre hommage au père fondateur de notre institution nous impose de rappeler quelques éléments de contexte. Il est à signaler que dès le début de la discussion générale pour l’adaptation de la loi du 02 mars 1982 aux départements d’outre-mer, les singularités ultramarines sont immédiatement exposées à l’Assemblée nationale par le rapporteur de la commissions des lois, Michel SUCHOD. Le 29 septembre 1982, il affirme que « le présent projet de loi prend en considération la spécificité des régions d’outre-mer, qui ont un caractère monodépartemental [...]. Par ailleurs, les particularités historiques, géographiques et culturelles ont conduit le Gouvernement à proposer diverses dispositions adaptées aux départements d’outre-mer […]. »

Pour sa part, le secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de l’intérieur et de la décentralisation, chargé des départements et territoires d’outre-mer, Henri EMMANUELLI précise également plus loin que ce sont les caractéristiques aux quatre anciennes colonies qui légitiment l’instauration des CCEE : « pour ce qui concerne l’environnement du conseil général et régional, un comité économique et social et un comité de la culture, de l’éducation et de l’environnement assistent, par leur avis, l’assemblée délibérante. Il a semblé au Gouvernement que des départements d’outre-mer justifiaient largement la création de ces comités consultatifs. ». […]

Dès les années 1960, le débat politique réunionnais est bipolaire avec des représentations des uns, tenants de l’assimilation, et des autres, fervents partisans d’une identité réunionnaise issue d’une histoire particulière et avec une langue et culture créoles riches des apports africains, européens, asiatiques. L’opposition est radicale entre ces deux pôles incarnés par la droite et la gauche.

Les débats autour de ces questions sont virulents à l’image, par exemple, des joutes oratoires des 29-30 septembre 1982 à l’Assemblée nationale et du 21 décembre 1982 au Sénat.

La position soutenue par Henri EMMANUELLI reste ferme :
« Je le proclame bien fort depuis cette tribune : les habitants des départements d’outre-mer doivent avoir les moyens de développer leur identité et d’affirmer leur spécificité culturelle. Il faut, au sein de la République française, satisfaire leur légitime aspiration à la reconnaissance d’un droit à la différence et accepter ces différences comme un enrichissement, en partant du principe fondamental qu’il n’est pas de culture sans échange. Si l’assimilation signifie l’égalité des droits et des devoirs, j’en serai partisan. Mais si elle doit, comme ce fut le cas si souvent avant nous, se confondre avec la négation des spécificités, le refus de la différence et, en définitive, la négation de l’autre, le Gouvernement bien entendu ne saurait y souscrire.

La décentralisation Outre-Mer doit donc être l’occasion de dégager des moyens nouveaux pour permettre non seulement de sauvegarder cette culture traditionnelle, mais aussi de l’enrichir et de la développer, pour permettre aux hommes et aux femmes qui s’en réclament d’atteindre la plénitude de leur identité. Là réside l’une des exigences fondamentales de tout être ».

À la lecture de ces propos dont la force et la justesse sont indéniables, les CCEE ne peuvent que rendre un hommage appuyé empreint de respect et de reconnaissance pour cet homme qui su imposer, dans le contexte particulier des années 1980, une idée terriblement novatrice qui ouvrait, y compris aux outremers, dans leurs spécificités, les portes de la démocratie participative des années 2000 caractérisées par la généralisation, au moins dans les textes, des conseils consultatifs avec les conseils de développement, les conseils citoyens, les conseils de quartier, le conseil économique, social et culturel d’établissement public, …

Tellement novatrice d’ailleurs, que les CCEE n’existent que dans les régions d’outre-mers et n’ont, à ce jour, pas trouvé d’alter ego institutionnel dans les régions hexagonales, alors même que rien n’est plus partagé dans les "terres de France, de Navarre" et des outremers que les problématiques de culture, d’éducation et d’environnement.

Gageons, qu’en mémoire du père fondateur des CCEE, aujourd’hui disparu, le législateur saura se pencher sur l’extension du principe de ces institutions à l’ensemble de la France hexagonale, car il aura vu que leur création traduit la reconnaissance, par le pouvoir central, de cultures, de langues et d’identités qui ont besoins d’être reconnues, affirmées, valorisées et préservées et qui contribuent, forts leurs différences à l’unité de la France, une, indivisible, mais diverse.

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