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3 novembre 2016
Webmestre

Du son au sens

« Donner à chaque mot graphique une allure aussi distincte que possible de tous les autres revient en effet à en faciliter la perception visuelle et, ce faisant, la communication écrite. »
J-P. Jaffré

1. La notation des sons suffit souvent…

Comme les spécialistes de la psychologie cognitive l’ont montré, la lecture commence par l’identification des mots. Par la voie directe (la plus rapide, la plus confortable) l’image du mot conduit directement à son sens, sans passer par la prononciation.

Pour une très grande partie des mots créole de La Réunion, la simple transcription des sons qui composent le mot à l’oral donne une image qui suffit à l’identification du mot écrit. Les lettres composant les mots kaz ou kréyon permettent directement l’accès au sens des mots kaz et kréyon. Et cela est vrai pour la très grande majorité des mots : notre cœur phonographique donne à la plupart des mots écrits une image qui suffit à leur identification.

2. …mais pas toujours.

Cela n’est malheureusement pas vrai pour tous les mots. Reste un certain nombre d’homographes (mots de sens différents, mais s’écrivant de la même façon).

Quelquefois même en surabondance : le mot écrit sèr dans lékritir 77 et en KWZ (83) a, au moins, 5 sens différents : serre (du verbe serrer), chair, serre (ombrière : sèr kapilèr), cher et chère, sœur.

Souvent cette homographie affecte les mots-outils, ces mots qui charpentent la langue. C’est, entre autres, le cas de l’écriture du mot prononcé /la/. Il peut être article défini ( la kaz), démonstratif (boug la), marqueur de passé accompli (li la di), variante obligatoire (en tout cas à l’oral) du verbe néna pour l’expression des sentiments, sensations… (mwin la soif) …

Cette homographie ralentit la lecture ; elle est gênante.

Il nous faut rappeler, ici, que les sentiments que nous avons de notre vitesse de lecture, de notre facilité (ou difficulté) de lecture n’ont que peu de chose à voir avec la réalité : la lecture est un phénomène largement automatique, à point de départ involontaire, irrépressible même. Seuls des enregistrements, des mesures précises, peuvent montrer que la vitesse normale de lecture (autour de 350 mots à la minute) est atteinte et que les processus de lecture se déroulent normalement. Ces mesures, ces enregistrements ont commencé à être effectués à La Réunion, pour le créole de La Réunion, par Vigile Hoareau, docteur en psychologie. Ils confirment que l’homographie entraîne des difficultés importantes de lecture.

3. Réduire l’homographie

Il faut donc, pour que l’écriture du créole de La Réunion devienne plus fonctionnelle, réduire cette homographie, mais de façon acceptable par les Réunionnais. Dans certains cas, cela n’est pas nécessaire, ou ne peut l’être que de façon trop artificielle : Le mi note de musique s’efface devant le mi précédant le verbe à la première personne du singulier. Il n’y a pas de raison suffisante pour essayer de les distinguer à tout prix à l’écrit.

Ce travail de distinction graphique des homographes est un travail de longue haleine, ceux-ci se comptant, malgré tout, par centaines. Pour l’instant, la commission ne peut proposer que des pistes de réflexion :

a. Dans certains cas, faire appel à des lettres muettes.
Grâce à la lettre h (non prononcé) : le hin réunionnais de sens plein se distinguerait du in article indéfini.
Lhère (-d’tan) se distinguerait facilement de lèr (demoun i réspire).
C’est un apport de l’écriture étymologique.

b. Dans d’autres cas, noter des formes que l’on ne trouve que dans certaines positions.
La pis(se) nou la-suive serait remplacée par La pist nou la-suive. Le t se retrouvant avant voyelle : Nout pist anou…

L’un des moyens les plus efficaces pour distinguer les homographes est de traiter l’écriture de mots par famille.

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